• Parution recueil "Omnitude"

    Parution recueil "Omnitude"

     

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    Giovanni Dotoli

    "Dans le jardin de l'instant"

     

    Jacques-François Dussottier est l’un de mes amis fraternels. Mon amitié ne dépend pas de la norme de la poésie d’un ami, mais de la profondeur de sa parole, qui a puis ouvert aussi celle de mon cœur.

    Dans l’anthologie que je lui ai déjà consacrée 1, à l’unisson avec son commun compagnon d’aventure Michel Bénard, je parle de « noria de la mémoire ». Ce deuxième acte anthologique, qui donne désormais un signe plein à notre collection des « Poètes intuitistes » – c’est le cinquième numéro –, est un hommage fort et convaincu à l’itinérance de la mémoire, dans les poèmes de Dussottier.

    Homme réservé et fort, aux principes que l’on pourrait définir à l’ancienne, il parle surtout par poésie, comme s’il voulait tout dire au travers du silence presque mallarméen et des cris lancinants d’une parole qui est les seul or qui lui reste, dans la tragédie du monde que nous sommes en train de vivre. Écoutons-le attentivement :

     

    Je suis délire

    à la pointe des mots

    mon langage nomade

    s’évade de l’encrier

    vers l’irréel du sensible,

    ma pensée émigre

    vers la profondeur écrite

     

    Giovanni Dotoli



    NEL GIARDINO DELL’ISTANTE















    Jacques-François Dussottier è uno dei miei amici poeti preferiti. La mia amicizia non deriva dalla norma della poesia di un amico, ma dalla profondità della sua parola, che ha poi aperto anche quella del mio cuore.

    Già nell’antologia che gli ho dedicato 2, all’unisono con il comune compagno d’avventura Michel Bénard, parlo di «noria della memoria». Questo secondo atto antologico, che dà ormai un segno pieno alla nostra collana di «Poeti intuitisti», il quinto, è un omaggio forte e convinto all’itineranza della memoria, nel testo di Dussottier.

    Uomo schivo e forte, di principi che si direbbero all’antica, egli parla soprattutto per poesia, come se volesse tutto dire mediante il silenzio quasi mallarmeano e le grida lancinanti di una parola che è il solo oro che gli resta, nella tragedia del mondo che viviamo. Ascoltiamolo attentamente:

     

    Io sono delirio

    alla punta delle parole

    il mio linguaggio nomade

    evade dal calamaio

    verso l’irreale del sensibile,

    il mio pensiero migra

    verso la profondità scritta

    Le texte s’envole telle une hirondelle, sur la route de l’écume du vers-ligne, en se reflétant dans le miroir des jours. Dussottier définit son poème comme un « vagabond de l’espace / et du temps aboli, / à l’élan de mes rêves écorchés ». Il convoque à son banquet tous les poètes de la modernité, à partir d’Arthur Rimbaud, les « poètes de la rue » eux-mêmes, dont la leçon est inestimable, en réaffirmant que « JE est autre », dans la « tension de la lettre / à la marge du poème », car « les syllabes se lovent / à la langue des chimères ».

    Le poème est un devenir, telle la vie, parce qu’il est un éclair du temps, une trace, contre tout type de mensonge. Ainsi la mémoire ne meurt-elle jamais. Il n’est qu’en exil, et le poète, le véritable poète, a la tâche de la retrouver, par des éclats de lumière :

     

    entre l’ombre et la lumière

    à la courbe où tout se dilue

    tu es l’aube de ma mémoire.

     

    Dans l’instant de son temps éphémère, le poème devient mémoire d’étoiles, « dans les yeux des hommes », dans tous les hommes. Les eaux mémorielles virginales sont le lieu de l’errance et du voyage vers l’infini. Seulement le « bonheur d’écrire », c’est-à-dire la joie de la parole, pourra nous sauver du rien qui incombe de plus en plus menaçant, avec ses sombres prévisions. Le vers est une route, un cri, pour ce poète « nomade en attente / insulaire et farouche », qui écrit « les premiers mots de la vie », « en une fièvre lancinante », l’ombre d’un temps qui doit être « à poème ouvert ». Il n’y a que les ailes de la poésie qui puissent désormais s’ouvrir au vent de l’espoir.

    Dussottier se donne lui-même le titre convoité de « jongleur de mots / au refuge du temps perdu », en tant que poète et prophète, ou plutôt poète-prophète, qui travaille avec le silence de la parole, au gré minimum pour tout dire, car un seul mot est signifiance d’éternité.

    Voici donc ce que devient le livre alors pour notre poète :

     

    Les mots chantent sous ma main

    au seuil des syllabes.

    Livre, précieuse moisson

    pages, champs d’extase,

    sous mes doigts

    il pleut d’étranges rêves

    et il est minuit dans mon vertige.

    Mes textes ont hébergé l’éphémère,

    mon livre s’endort entre ses pages

    heureux de cette nouvelle naissance.

    Il testo s’invola come rondine, sulla rotta della schiuma del verso-riga, rimirandosi nello specchio dei giorni. Dussottier definisce il suo poema un «vagabondo dello spazio / e del tempo abolito, / allo slancio dei miei sogni sfumati». Egli convoca al suo convito tutti i poeti della modernità, da Arthur Rimbaud in avanti, anche i «poeti di strada», soggetti d’inestimabile lezione, riaffermando che «IO è altro», nella «tensione della lettera / al margine della poesia / le sillabe si accoccolano / nella lingua delle chimere».

    Il poema è un divenire, come la vita, perché è un lampo del tempo, una traccia, contro ogni tipo di menzogna. Così la memoria mai muore. È solo in esilio, e il poeta, il vero poeta, ha il compito di ritrovarla, per ampi squarci di luce:

     

    tra l’ombra e la luce

    alla curva dove tutto diluisce

    tu sei l’alba della mia memoria.

     

    Nell’istante del suo tempo effimero, il poema diventa memoria di stelle, «negli occhi degli uomini», tutti gli uomini. Le vergini acque memoriali sono il luogo dell’erranza e del viaggio verso l’infinito. Soltanto la «felicità di scrivere», cioè la felicità della parola, potrà salvarci dal nulla che incombe sempre più minaccioso, con le più fosche previsioni. Il verso è una rotta, un grido, per questo poeta «nomade in attesa / insulare e selvatico», che scrive «le prime parole della vita», «in una febbre lancinante», ombra d’un tempo che deve essere scritto «a poema aperto». Soltanto le ali della poesia possono ormai aprirsi al vento della speranza.

    Dussottier si autoattribuisce il titolo ambito di «giocoliere di parole / al rifugio del tempo perduto», da poeta e profeta, anzi poeta-profeta, che lavora con il silenzio della parola, al grado minimo per tutto dire, perché una sola parola è significanza d’eternità.

    Ecco dunque cosa diventa allora il libro, per il nostro poeta:

     

    Le parole cantano sotto la mia mano

    alla soglia delle sillabe.

    Libro, messe preziosa

    pagine, campi d’estasi,

    sotto le mie dita

    piovono strani sogni

    ed è mezzanotte nella mia vertigine.

    I miei testi hanno ospitato l’effimero,

    il mio libro si addormenta tra le sue pagine

    felice di questa nuova nascita.

    Les mots chantent dans les champs d’extase, par rêves étranges, dans la perpétuelle renaissance. Écrire de la poésie signifie affirmer le droit de se proclamer « le passeur de mots », dans le voyage de soi-même et à l’intérieur de soi-même, dans l’infini des mots, pour s’écrier :

     

    je vis en poésie

    entre les murs des mots,

    mots déshabillés

    au bal incessant des mots,

    flots de mots qui me submergent,

    mots disponibles et sans fin,

    ces mots que nous n’avons pas dits

    partis en une ultime errance.

    Mots, asile de mes rêves

    dans un orgasme de lumière,

    vous êtes mon bonheur,

    quand enfin mes mots s’abandonnent

    aux mots exhalés de tes lèvres.

     

    Vivre en poésie signifie être dans un orgasme de lumière, abattre les murs, errer dans les jardins d’étoiles, en tant qu’amoureux de l’azur, en « homme virginal / dans le chant de l’être ». Dussottier écrit-décrit l’être, l’instant fuyant, le cri derrière les nuages, à l’horizon poursuivi une vie durant, en un éclair radioactif et dans la clarté du temps.

    Jacques-François Dussottier est un poète intuitiste par essence, absolument pas par conversion. Face aux laideurs du monde, il se fait calligraphe du devenir ahanant, et des espaces secrets de la conscience. Sa mémoire est la mémoire de la partition de la création, d’une musique arcane, des codes de la nostalgie du rêve.

    Il y a quelque chose de proustien dans la poésie dussottienne. La mémoire retrouve l’axe du temps, de cette recherche involontaire aux infinies signifiances. Qu’est-ce que c’est l’être, si ce n’est mémoire ? L’oubli est la mort de la vie et de la communication. C’est comme si les fils n’aimaient plus leurs parents, les élèves ne reconnaissaient plus leurs maîtres. Dans le cours du temps, autrefois tout était mémoire. Tout était écrit dans la Création et sur les ondes de la transmission via parole et vie.

    Jacques-François Dussottier est sur la lignée bergsonienne, c’est-à-dire sur la lignée de l’intuition mémorielle, avec une couche de douleur. Blaise Pascal n’affirme-t-il pas que « La mémoire est nécessaire pour toutes les opérations de la raison » ? J’ajoute : même de l’imaginaire et du rêve. Sans mémoire il n’y a pas d’avenir, il n’y a pas d’acte vital.

    Le parole cantano nei campi d’estasi, per strani sogni, nella continua rinascita. Scrivere poesia significa affermare il diritto di proclamarsi «il traghettatore delle parole», nel viaggio di se stesso e dentro se stesso, nell’infinito delle parole, per gridare:

     

    vivo in poesia

    tra i muri delle parole,

    parole spogliate

    al ballo incessante delle parole,

    flutti di parole che mi sommergono,

    parole disponibili e senza fine,

    quelle parole che non abbiamo pronunciato

    andate via in un’ultima erranza.

    Parole, asilo dei miei sogni

    in un orgasmo di luce,

    voi siete la mia felicità,

    quando infine le mie parole si abbandonano

    alle parole esalate dalle tue labbra.

     

    Vivere in poesia vuol dire essere in un orgasmo di luce, abbattere muri, vagare per orti di stelle, da innamorato d’azzurro, «uomo verginale / nel canto dell’essere». Dussottier scrive-descrive l’essere, l’atti-mo fuggente, il grido dietro le nuvole, all’orizzonte rincorso per una vita, in un bagliore radioattivo e nel chiarore del tempo.

    Jacques-François Dussottier è poeta intuitista per essenza, non per conversione. Di fronte alle brutture del mondo, egli si fa calligrafo del-l’ansante divenire e degli spazi segreti della coscienza. La sua è una memoria di partitura del creato, di musica arcana, di codici della nostalgia del sogno.

    C’è qualcosa di proustiano nella poesia dussottiana. La memoria ritrova l’asse del tempo, di quella ricerca involontaria dalle infinite significanze. Cos’è l’essere se non memoria? L’oblio è la morte della vita e della comunicazione. Come se i figli non amassero più i genitori, gli allievi non riconoscessero più i maestri. Un tempo tutto era memoria. Tutto era scritto nel Creato e sulle onde della trasmissione via parola e vita.

    Jacques-François Dussottier è sulla linea bergsoniana, cioè dell’in-tuizione memoriale, con una patina di dolore. Non afferma Blaise Pascal: «La memoria è necessaria per tutte le operazioni della ragione»? Aggiungo: anche dell’immaginario e del sogno. Senza memoria non c’è futuro, non c’è atto vitale.

    Mon ami Yves Bonnefoy a pleinement raison : « Qu’est-ce que c’est la poésie ? La mémoire de cette intimité à la finitude que le concept nous fait perdre ».

    Lire Jacques-François Dussottier, pour en avoir la confirmation.

     

     

    Université de Bari Aldo Moro, le 16 décembre 2014

    Ha pienamente ragione il mio amico Yves Bonnefoy: «Che cos’è la poesia? La memoria di questa intimità alla finitudine che il concetto ci fa perdere».

    Leggere Jacques-François Dussottier per averne conferma.

     

    Università di Bari Aldo Moro, 16 dicembre 2014



     

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